Mille vierges au Paradis
Il y avait des femmes, leurs enfants, un wagon…
Je transportais mon deuil et celui de ces gens
Dans un simple bagage aux contours rouges sang.
Mon père qui m’avait dit de croire toujours en Dieu
Doit être fier aujourd’hui, je le rejoins aux cieux,
J’ai programmé mon deuil sur les touches d’un portable,
Et ordonner celui de ces âmes coupables.
L’occident corrompu va payer aujourd’hui,
Pour le mal qu’il engendre au sein de mon pays.
Si à la loi du maître, le Diable s’attend,
Il aurait du prévoir la mort de ses enfants…
Ma mère m’avait dit de fonder un foyer,
J’ai aimé une femme et l’ai même épousé
Mais les vides du temps m’ont donné pour amante
L’incroyable pureté d’une cause naissante…
Le souffle si puissant du fracas rédempteur
Est un courant d’air chaud qui inonde mon cœur
J’entends les cris perdus de tous ces infidèles
Je n’ai aucune larme, on ne pleure pas au ciel…
Mon maître m’a promis la gloire des héros,
Le prestige posthume des plus grands généraux,
Un océan de luxe, des femmes et du plaisir,
Mille vierges au Paradis, l’Eden des martyres…
14 juillet
Petit écoute,
Vient de la route,
Le bruit des bottes.
Cuirs en cadence,
Des pas qui dansent,
Sur le bitume, sans fausses notes.
C’est la parade du régiment,
Un troupeau d’hommes tous élégants,
La sueur au front sous le soleil caniculaire.
Ornés d’insignes et de médailles,
Souvenirs précieux d’une grande bataille,
Prix esthétiques, monde pathétique, tourne à l’envers.
L’asphalte vibre sous le fracas des godillots,
Rythme binaire sur cette artère, esprits dociles mis au repos.
Ames égarées, l’arme au coté, pensées perdues dans cette rue.
En première ligne du cortège sont exhibées,
Les trois couleurs de la nation, ultimes emblèmes de leur fierté.
Puis du clairon résonne le son d’un chant cynique et bien connu.
La foule en liesse reprend en chœur,
L’hommage au sang des champs d’honneur,
Allons enfants, suivez la voie, devenez soldats!
Champs Elysée, splendeur amer,
Insolent paradis des marches militaires,
Avenue devenue, l’éden d’un jour, pour l’apparat.
Soulagement, voila la fin!
Du défilé de fiers pantins,
L’image des bottes s’est dissipée.
Petit écoute,
Fuis cette route,
Construits la paix.
Tourne la vie
Je me lève le matin, un peu par habitude
Je bois mon café tiède dans cette salle presque vide
J’entends encore les rires de Madeleine et Gertrude
Dans les bals du samedi quand on était sans rides.
Je bois mon café tiède dans cette salle presque vide
Je repense à ces filles, à ces rencontres folles
Je repense à ma vie, aux plaisirs trop rapides
Me nourrissant d’images de sexe et puis d’alcool.
J’entends encore les rires de Madeleine et Gertrude
Sur les valses endiablées quand nous nous enlacions
Nos corps exercés avaient pris l’habitude
De tourner dans la nuit comme un grand papillon.
Dans les bals du samedi quand on était sans rides
Quand au petit matin, la fatigue nous fuyait
Ma langue se promenait sur leurs lèvres humides
Le temps d’un doux refrain et d’un dernier couplet.
Mais aujourd’hui…
Je suis un petit vieux que tout le monde élude,
Mes amantes sont mortes depuis plusieurs printemps,
Je n’ai plus de nouvelles de mes très chers enfants,
Je vis dans une maison un peu par habitude…
Le
rocher
Je promène mon cœur le long de l’océan,
Le visage assailli par la pluie et le vent.
Le fracas des rouleaux sur la plage désertée,
Résonne dans ma tête avec intensité.
Errant sans but précis, mon esprit vagabonde,
Résiste avec furie à la peine qui l’inonde.
Il tente d’évacuer les souffrances de ma vie,
Si fidèle inconscient, artisan de l’oubli.
Au large se dessinent l’immensité des flots,
Qui ondulent et se creusent effrayant les oiseaux.
Qui osent survoler cette masse furieuse,
Au risque d’abîmer leurs ailes si précieuses.
J’aperçois un îlot, modeste amas de roche,
En lutte avec les vagues, de lui je me sens proche.
Les tourments qui l’entourent sont comparables aux miens,
A demi-submergé, mon combat est le sien.
Les lames aquatiques agressent sa peau de pierre,
Des larmes mécaniques viennent voiler mes paupières.
Inébranlable et fort, il fait face aux assauts,
J’admire sa puissance, je l’imiterai bientôt.
Soudain…
La lumière d’un phare éclaire le rivage,
Illumine mon esprit et tout le paysage.
Rassurante lueur, délicate espérance,
Qui éloigne les blessures de mon âme en errance.
Malgré la tempête qui semble redoubler,
Et malgré le tumulte des eaux déchaînées,
Serein, presque apaisé, je chasse mes démons,
Je me sens plus léger, je revis pour de bon.
Il faut savoir accepter les orages de la vie,
Ne pas se retrancher derrière son dépit,
Goûter sans retenu à la force du rocher,
Attendre que vienne sa flamme et puis la voir briller…
A la dérive
Je vois danser les femmes des maris trop absents,
Sur la piste aux étoiles des samedis récurrents.
La lumière qui inonde,
Leur fortune inféconde,
N’est qu’un timide éclat,
L’image d’un faux-semblant…
Je vois souffrir les hommes des épouses frivoles,
Le regard dévasté par la peine et l’alcool.
Les vapeurs qui s’exhalent,
Des élixirs fatals
Sont de piètres remèdes
A leur colère folle…
J’entends crier les cœurs des âmes à l’abandon,
Aussi fortes que les basses qui saturent le son.
Les mélodies emportent,
Leurs évidences mortes,
Sur les chemins qui mènent,
Jusqu’à la déraison…
J’entends rugir les lions repus de leurs conquêtes,
Comme des cris diaboliques résonnant dans ma tête.
Leurs allégresses occultent,
Un océan d’insultes,
Qui noie les innocentes,
Sous des promesses muettes…
Je sens monter l’angoisse aux marges de mon cœur,
Une lassitude oblique qui glace mon humeur.
Mon désarroi reflète,
Ces existences désuètes,
Dans le miroir obscur,
D’un destin ravageur …
Renaissance
Plongé dans l’océan éthéré d’une incongrue tristesse,
Psalmodiant quelques mots traduisant ta faiblesse,
Tu espères en secret que la brume se lève,
Cet opaque brouillard qui la nuit voile tes rêves…
Réduit au néant d’un souffle silencieux,
Qui glace tous tes sens et fait pleurer tes yeux,
Au milieu d’un désert immense et accablant,
Tu subis les offenses comme un arbre face au vent.
Ta solitude est un poison qui nourrit ton malheur,
Une flèche aiguisée qui transperce ton cœur,
Tu résistes à l’usure, tu luttes et tu t’ériges,
Mais tu saignes des blessures que le destin t’afflige.
Pourtant…
Plongé dans une mer de doutes, tu refuses la noyade,
Tu quittes soudain la voie qui mène aux esplanades
Des échecs récurrents qui ont gâché ta vie,
Pour rallumer la flamme qui traduit tes envies.
Porté par ces courants aux effluves harmonieux,
Tu flottes sur l’espoir d’un avenir merveilleux,
Ton étoile scintille des feux du renouveau,
Eclairant ton visage, sublimant ton Ego.
Je te vois qui avance sur ce fragile esquif !
Tu vogues entre les vagues et évites les récifs,
La proue de ta chaloupe résiste à tous les vents
La tempête tout autour s’éloigne à cet instant…
Et te voilà sauvé, tu goûtes à ce bonheur
Que tu croyais perdu et l’injuste faveur,
Des nantis de la chance, des possédants de joie
Sans savoir qu’un jour il s’offrirait à toi…
J’ai accroché mes rêves à un morceau de lune
Comme des perles dorées sur un anneau d’argent
Qui au doigt du destin guidera ma fortune
Sur les routes sinueuses où j’avance lentement.
J’ai scellé mes espoirs aux puissantes parois
De ce disque nacré, complice de mes nuits
Ces trésors accrochés sont les preuves de ma foi
En la lutte incessante pour l’Amour et la Vie.
J’ai lié mes illusions à l’illustre astre mort
Un grand vent d’euphorie dans un désert de rien
Qui malgré les ténèbres illumine mon sort
En éclairant les plaines de mon cœur incertain.
J’ai livré tous mes songes à cette balle ronde
Cette intime confidente à qui je peux tout dire
Qui voyage sans cesse et fait le tour du monde
Sans pour autant trahir mes fantasmes, mes désirs.
La lune est un soleil qui brille au crépuscule
Préservant mon sommeil des images assombries
En quartier, à-demi, bien pleine ou minuscule
Elle est marquée du sceau des mes rêves infinis…
« Plus vite, plus haut, plus fort... »
Saut en hauteur…mais pensée de bas étage
Saut en longueur mais aucune d’avance
Triple sauts pour éviter l’orage
Saut à la perche…tendue …sans espérance
Art martial, dans les cours de prison
Sport en salle et omni-confusion.
Concours de plongeon, retour au moyen âge…
Course contre la montre mais le temps est bloqué
Cinquante mètre papillon, qui ne peut plus voler…
Cent mètres haies…d’honneur pour les officiers
Relais quatre fois « sang » qui s’écoule des plaies
Médaille distribuées, l’or à Pékin, et les bonzes au Tibet…
Lancer du disque…crimination
Lancer de poids …deux mesures
Lancer du marteau... ami de la faucille…
Lancer de jave-l’eau ….qui nettoie les rues de Lhassa
Je déclare ouverts pour les esprits fermés
Les jeux du déshonneur et des droits abusés…
Cages à poules
Cages à poules au pays du coq,
Où l’avenir se coule dans un métal en toc.
Cages à poules au pays du droit,
Où la promesse d’espoir est une parole en bois.
De Sarcelles à Ivry, en passant par Gonesse,
Quand la misère s’étale en barres de détresses,
De Suresnes à Clichy, Paris est une citée,
Entourée de remparts en béton délavé.
Cages à poules au pays du coq,
Les illusions s’écroulent et les esprits suffoquent.
Cages à poules au pays du droit,
La haine se dessine sur leurs tristes parois.
Ces tours alignées sont autant de totems,
A la gloire éphémère d’une urbanité blême.
La folle course aux étages me donne le vertige,
La nausée des hauteurs et mon cœur qui se fige.
Cages à poules au pays du coq
Les illusions s’écroulent mais tout le monde s’en moque,
Cages à poules au pays du droit
La ville lumière rayonne sur un enfer froid...
Chacun a le droit à son histoire d’Amour,
On a tous des rêves et des envies un jour,
Le bonheur en doux refrain de nos désirs,
En Leitmotiv chantant du Royaume des plaisirs.
Chaque homme a son étoile qui brille,
Sa lanterne cachée qui dans l’ombre scintille,
Un faisceau lumineux dans la brume et le noir,
Eclairant les rivages de l’indicible Espoir.
Qui n’a pas rêvé de pouvoir conquérir,
L’étoile subreptice qui éclaire son avenir.
Qui n’a pas une nuit éprouver le besoin,
De combattre le feu qui consume son destin ?
Quand une étoile naît, elle est là pour toujours,
Elle ne craint ni le temps ni l’égrainement des jours,
Rayonnante et superbe dans les cieux éternels,
Elle confère aux souvenirs un éclat perpétuel.
Elle éclaire et égaie les sinistres rivières,
les méandres sinueux et les ombres austères,
Elle balaie avec force les démons destructeurs,
Au delà des abîmes et des grandes profondeurs.
Le temps est venu de faire le grand voyage,
De conquérir l’étoile et son proche entourage,
S’enivrer de puissance et d’Amour absolu,
De goûter au parfum des saveurs défendues…
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